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L'histoire des femmes au XXe siècle

par Marika Morris

Voici quelques faits et dates qui ont marqué l'histoire des femmes canadiennes au XXe siècle. Cet article a été publié dans le bulletin de l'ICREF, hiver 2000, vol. 20. no1.

Il y a mille ans, seules de rares cultures, comme celle des Mohawk, offraient quelque égalité aux femmes, comme le système matriarcal et le choix des chefs.
Aujourd'hui, tout comme à cette époque, certaines femmes dans le monde sont encore vendues pour se livrer à la prostitution ou forcées de marier un partenaire qui leur est imposé. Des femmes n'ont pas droit (ou pas accès) aux méthodes contraceptives ou à l'avortement, bénéficient d'un accès limité à l'éducation en plus de dépendre entièrement des hommes sur le plan économique.

Cependant, beaucoup de femmes ont fait des gains significatifs au cours du millénaire qui vient de s'écouler et surtout dans les cent dernières années :

  • En 1897, après une très longue lutte, Clara Brett Martin devient la première avocate au Canada et la première femme à pratiquer le droit dans tout l'Empire Britannique. Malgré une grande opposition dans les journaux à l'ascension des femmes au barreau, prétendant que l'attrait physique  exercé sur le juge et les jurés  serait inacceptable, elle milite  pour une loi dans la législature ontarienne renversant les règles de la Société de Droit du Haut-Canada interdisant aux femmes l'accès au Barreau sous le prétexte que seule une "personne" pouvait être admise.  Elle fut l'object de railleries et fut ridiculisée par ses confrères de classe, ses professeurs, le grand public et les médias pour le simple fait de s'inscrire à une école de Droit.(1)
  • En 1909, le Code criminel a été modifié pour criminaliser l'enlèvement des femmes. Auparavant, il était légal d'enlever une femme de plus de 16 ans, sauf si elle était une héritière. La peine maximale pour le vol d'une vache était beaucoup plus sévère que celle encourue pour l'enlèvement d'une héritière.(2)
  • En 1910, la législation québécoise a ramené la durée du temps de travail des femmes de l'industrie textile de 60 à 58 heures par semaine, la première d'une série de modifications législatives pour réduire la semaine de travail des femmes.(2)
  • En 1913 fut créé le syndicat des employées domestiques de  Vancouver. En 1915, Helena Gutteridge a insisté pour que le principe de l'égalité des salaires soit inscrit dans les statuts du Vancouver Trades and Labour Council. Ses efforts pour rassembler les groupes de femmes et du mouvement syndical a entraîné l'adoption de la première loi sur le salaire minimum de la C.-B. en 1918.(2)
  • Emily Murphy, militante du droit de vote et brasseuse de merde, est devenue la première femme juge du Canada en 1916.
  • En 1917, plus de 35,000 Canadiennes travaillaient dans les manufactures de munitions pendant que les Canadiens se battaient outre-mer dans la Première grande guerre. (1) 
  • Après une longue lutte, les Canadiennes (sauf les femmes des Premières Nations) ont obtenu le droit de vote dans les élections fédérales en 1918, après avoir eu un droit de vote limité un an plus tôt. 
  • En 1921, la première femme députée  Agnes Macphail entreprend avec succès  plusieurs campagnes incluant la réforme sur les prisons et la mise en place des pensions de vieillesse. Cette même année la C.-B. passe la première loi sur les congés de maternité.
  • En 1921, Nellie McClung est élue à la législature de l'Alberta, où elle milite pour les pensions de vieillesse, l'allocation familiale, la protection légale des veuves, l'amélioration des conditions de travail dans les usines, le salaire minimum, le contrôle des naissances et bien d'autres. L'Alberta a été la première province à avoir des infirmières hygiénistes, des centres hospitaliers municipaux et à offrir des soins dentaires et médicaux gratuits aux enfants.(2)
  • En 1925, la loi fédérale sur le divorce a été modifiée pour autoriser la femme à divorcer de son époux pour les mêmes raisons que ce dernier pouvait divorcer d'elle : simple adultère.  Auparavant, la femme devait prouver l'adultère concurremment avec la « sodomie » ou la bestialité.(2)
  • En 1928, l'Équipe olympique canadienne comprenait des femmes pour la première fois. La même année, Anna Dexter devient la reine des ondes en tant que première femme présentatrice radiophonique.
  • En 1930, la loi fédérale sur le divorce a de nouveau été modifiée pour permettre à une femme désertée par son mari de déposer une requête en divorce deux ans après qu'il l'eût abandonnée dans la ville où il résidait avant la séparation. Avant cette modification, la résidence légale de la femme était le lieu où vivait son mari, même si elle ne le savait pas.(2)
  • En 1931, Annie Buller, militante syndicale de la Saskatchewan, a passé un an en prison pour avoir créé un fonds de défense des travailleuses en grève. Par la suite, elle a dirigé deux journaux et milité en faveur des droits des travailleuses.
  • En 1932, la Dre Elizabeth Bagshaw dirige la première clinique de planification familiale au Canada en violation de la législation en vigueur. En 1936, Dorothea Palmer, infirmière d'Ottawa, a été arrêtée pour avoir informé les femmes sur le contrôle des naissances.(2)
  • Vers 1938, toutes les provinces à l'exception de la Nouvelle-Écosse ont élargi l'application des lois sur le salaire minimum aux hommes. Ce qui a débuté comme un militantisme pour protéger les travailleuses a fini par bénéficier aux hommes.(2)
  • En 1940, les femmes du Québec ont obtenu le droit de vote au niveau provincial.(3)
  • En 1941, le Québec a permis aux femmes de pratiquer le droit. La même année, Eileen Tallman a organisé la première grève de banque au Canada.(2)
  • En 1943, on a assisté à une entrée massive de femmes dans la population active pour occuper un grand nombre d'emplois traditionnellement réservés aux hommes pendant que ces derniers étaient à la guerre. En 1945, Gladys Strum, députée saskatchewanaise du CCF, a annoncé au Parlement que «Personne ne s'est jamais opposé au travail des femmes à l'extérieur du foyer, mais plutôt au fait de les rémunérer».(2)
  • Le Musée des beaux-arts du Canada a exposé les oeuvres de l'artiste canadienne Emily Carr en 1945, l'année de sa mort.
  • En 1946, on a permis l'entrée au Canada de Chinoises pour la première fois. Des Chinois étaient morts pendant la construction du chemin de fer canadien depuis les années 1860, mais n'avaient pas été autorisés à devenir citoyens canadiens avant 1946.(2)
  • En 1947, les Canadiennes ne perdaient plus automatiquement leur citoyenneté lorsqu'elles mariaient un non-Canadien.(2)
  • En 1951, l'Ontario a promulgué la première loi canadienne sur l'équité salariale. D'autres provinces lui ont emboîté le pas entre 1952 et 1975.(2)
  • En 1952, les femmes du Manitoba ont été les premières à être autorisées à faire partie d'un jury. Les femmes du Nouveau-Brunswick ont pu devenir jurées à partir de 1954 et leurs congénères de l'Île-du-Prince-Édouard en 1966.(2)
  • Le Bureau féderal de la main-d'oeuvre féminine a été créé en 1954.(3)
  • En 1955, les restrictions imposées aux femmes mariées dans la fonction publique fédérale ont été levées. Auparavant, les employées étaient congédiées dès qu'elles se mariaient.(3) Ceci survient seulement 45 ans après qu'un rapport de 1910 concluait :« Là où les femmes travaillent, les bébés meurent ».(1)
  • En 1955, des femmes de la Jamaïque, de la Barbade, de Trinidad et Tobago ainsi que d'autres pays des Caraïbes étaient recrutées comme domestiques et recevaient le statut d'immigrantes reçues.(2)
  • Les femmes (et les hommes) autochtones ont obtenu le droit de voter dans les élections fédérales en 1960.(2)
  • En 1965, une femme a créé un centre d'hébergement pour les « prostituées, les lesbiennes et les toxicos  » (sic) à Toronto.(2)
  • En 1966, les femmes gagnent la bataille contre la flambée des prix des produits alimentaires en organisant des boycottages massifs des supermarchés.(2)
  • En 1967, les étudiantes protestatrices ont réussi à faire intégrer les femmes au Hart House de l'Université de Toronto pour lequel elles payaient des frais, mais n'étaient pas autorisées à pénétrer.(2)
  • En 1968, l'Église presbytérienne procède à l'ordination des femmes pour la première fois. La même année, des prisonnières du centre de détention pour femmes de Kingston ont lancé la publication de leur magazine Tightwire qui donne une perspective des femmes aux prises avec la loi par le biais d'articles, de poèmes et d'ouvrages de fiction. Ce fut une année charnière pour la liberté d'expression des femmes, notamment grâce à des livres de Margaret Laurence, Marie-Claire Blais, Claire Martin et Mary Van Stolk.(2)
  • En 1969, la distribution d'information sur le contrôle des naissances a été décriminalisée. Toujours en 1969, des femmes de Toronto ont dressé une ligne de piquetage à l'occasion d'un concours de bikini tenu dans une température sous zéro en tenant des mannequins taillés comme des quartiers de boeuf. Une des concurrentes a ouvert son manteau pour montrer une plaque sur laquelle était inscrite « J'ai un esprit ». Il y a eu par la suite d'autres protestations similaires.(2)
  • Toujours en 1969, des clubs de libération des femmes ont été formés dans les écoles secondaires, les collèges et les universités. Ils ont succédé aux « groupes de conscientisation » créés quelques années plus tôt.(2)
  • En 1970, la sculpture inuit de Kenojuak, le « Hibou enchanté » a été utilisé sur un timbre et elle a reçu l'Ordre du Canada.(2)
  • En 1970 également, l'année du rapport novateur de la Commission royale d'enquête sur la situation de la femme, les femmes ont organisé une «caravane de l'avortement» à travers le pays pour réclamer des services d'avortement gratuits. Il convient de souligner que la Commission n'a même pas mentionné la question de la violence faite aux femmes. Cette question était encore une réalité taboue et mal vue.(2)
  • Vers 1971, le Canada a accepté un nombre égal d'immigrants de sexe féminin et masculin. La même année, Dauphin au Manitoba a cessé de congédier les employées municipales au moment de leur mariage.(2)
  • En 1971, le Québec a finalement permis aux femmes d'agir comme jurées après que huit femmes eurent été emprisonnées cette année-là pour avoir dénoncé la loi voulant que les jurys soient exclusivement composés d'hommes. Le gouvernement fédéral a modifié le Code canadien du travail pour interdire la discrimination basée sur le sexe, renforcer l'équité salariale pour un travail de valeur égale, instituer un congé de maternité de 17 semaines. Un an plus tard, le gouvernement fédéral a aussi aboli la discrimination sexuelle à l'égard des jurées potentielles dans les causes criminelles.(2)
  • En 1972, Rosemary Brown, députée provinciale néo-démocrate de la C.-B. est devenue la première femme noire élue députée au Canada. Le gouvernement fédéral a institué une déduction pour frais de garde d'enfants. La même année paraissait le premier numéro de The Other Woman, un journal féministe de la communauté lesbienne.(2)
  • En 1973, les premiers centres d'aide aux victimes de viol ont ouvert leurs portes au Canada, notamment à Toronto et Vancouver. Cette année-là, Interval House, un des premiers refuges pour femmes battues a aussi démarré ses activités à Toronto. Vers 1975, il y avait cinq maisons de transition en C.-B.(2) Ceci 73 ans après qu'une femme subisse dans un «asile pour malades mentaux» une opération gynécologique pour la «guérir» parce elle prétendait que son mari la maltraitait - une pratique courante vers 1898. (1) 
  • En 1974, la GRC a recruté une femme pour la première fois (3)100 ans après qu'un magazine de 1874 déclare »La première et seule place de la femme est à la maison ». (1) 
  • En 1975, le gouvernement fédéral a modifié onze lois pour les rendre conformes au principe d'égalité des femmes, en y incluant des droits égaux pour les femmes et les hommes en ce qui concerne les pensions des fonctionnaires. (2) 
  • Les derniers éléments de la discrimination flagrante contre les immigrantes ont été éliminés de la Loi sur la Citoyenneté en 1976. (2) 
  • En 1978, la Loi canadienne sur les droits de la personne a légiféré sur la notion de salaire égal pour travail de valeur égale. La même année, la première marche intitulée « La rue, la nuit, femmes sans peur » s'est déroulée à Vancouver. En outre cette année-là, les hôtesses de l'air ont obtenu le droit de continuer à travailler après leur mariage et passé l'âge de 32 ans.(2) La même année, la loi se modifie pour que les femmes enceintes ne puissent plus être congédiées dans les industries sous juridictions fédérales.
  • En 1980 en Nouvelle-Écosse, Alexa McDonough a été la première femme élue chef d'un parti politique provincial représenté à l'assemblée législative. La même année, une règle datant de 1957 interdisant aux pêcheuses travaillant avec leur mari de recevoir des prestations d'assurance-chômage a été abrogée. (2)
  • En 1981, 1 300 femmes se sont rencontrées pour discuter de l'exclusion de leurs droits dans le nouveau projet de loi sur la Charte des droits. Elles ont exercé d'intenses pressions sur les députés fédéraux et réussi à faire inclure les droits des femmes dans la Constitution canadienne. (2)
  • En 1982, Margaret Mitchell, députée fédérale du NPD, a fait l'objet de moquerie en Chambre lorsqu'elle a soulevé la question de la violence  faite aux femmes. Les protestations des femmes ont attiré l'attention de l'ensemble du public sur le sujet. 
  • En 1983, les lois sur le viol ont été élargies pour inclure l'agression sexuelle et rendre pour la première fois le viol d'une femme par son conjoint une infraction criminelle. La même année, les forces policières de l'Ontario ont reçu ordre du Solliciteur général de déposer des accusations dans les cas de violence conjugale. Avant cette décision, les hommes qui battaient leurs femmes n'encouraient aucune sanction et récidivaient. (2)
  • En 1985, la loi a été modifiée pour permettre aux femmes autochtones ayant marié un non autochtone de conserver leur statut d'indiennes inscrites, quatorze ans après que Janette Corbière-Lavell de la Ontario Native Women's Association eut intenté sans succès une poursuite pour éliminer la discrimination sexuelle contenue dans la Loi sur les Indiens.
  • Toujours en 1985, Audrey McLauglin, membre du conseil d'administration de l'ICREF, a été élue députée pour le Yukon à la Chambre des communes. Elle est devenue en 1989 la première femme leader d'un parti politique fédéral représenté au Parlement fédéral.
  • En 1986, Sharon Wood de Canmore, Alberta, est devenue la première femme à atteindre le sommet du mont Everest. (2)  Un siècle plus tôt, les médecins décourageaient les femmes de pratiquer quelque sport pour le motif que l'utérus des sportives pourraient se ratatiner et que cela affecterait leur santé mentale. (1) 
  • En 1987, Sandra Bernier, 12 ans, a intenté une poursuite contre l'Église catholique parce qu'on lui a refusé d'agir comme enfant de choeur au cours d'une cérémonie dirigée par l'archevêque.
  • En 1988, la première femme juge de la Cour suprême a rédigé le jugement abolissant la loi restrictive du Canada en matière d'avortement.  Quand, au début, elle a appliqué en Droit, un professeur lui avait dit de retourner à la maison et de se mettre au tricot.
  • En 1993, les lignes directrices canadiennes sur les réfugiés ont été modifiées pour inclure les femmes victimes de persécution basée sur le sexe.
  • En 1999, la Cour Suprême déclare que les standards et les examens pour les emplois ne peuvent pas être basés uniquement sur les capacités qui favorisent les hommes.  Ceci fut apporté devant les tribunaux suite au cas d'une sapeure pompier, Tawney Meiorin, de la C.B. qui avait été remerciée de ses fonctions en dépit de services satisfaisants, à cause d'un nouvel examen sur la forme physique axé sur des habiletés masculines, et ayant peu à faire avec l'exécution du travail actuel.

Cette liste n'est que partielle. Elle ne mentionne pas les réalisations les plus connues comme la cause sur le droit de la femme d'être considérée comme une personne (1929), la Commission royale d'enquête sur le statut de la femme (1970) et les victoires sur l'équité salariale. Vers la fin des années 1800 et tout au long des années 1900, de petits groupes de femmes ont lutté pour obtenir des droits pour l'ensemble de leurs congénères et fait incorporer ces nouveaux droits dans des lois. En ne comptant que sur un pouvoir politique, social et économique insignifiant, les femmes ont changé le paysage et les priorités des pays.

La lutte continue pour éliminer la violence et la pauvreté et de s'assurer que l'application des droits à l'égalité garantis sur papier dans les lois nationales et les accords internationaux deviennent une réalité pour chaque femme peu importe sa race, sa langue, son ethnie, sa situation économique, sa capacité et son orientation sexuelle. Des châteaux en Espagne pensez-vous? C'est ce qu'on disait du vote des femmes, de l'abolition de l'esclavage, de la dépénalisation de l'homosexualité, des lois contre le travail des enfants, des journées de huit heures et de la semaine de travail de 5 jours. Toute bonne idée a commencé à faire son chemin avec une poignée de personnes qu'on qualifiait de folles, d'irréalistes et que sais-je encore. Plus grave, elles ont été attaquées, vilipendées, rejetées, ridiculisées et se sont faites crachées dessus. Certaines ont été assassinées. Elles ont été accusées de déstabiliser les fondements de la société et de promouvoir le chaos économique. Au lieu de cela, les économies ont progressé à un rythme effréné en même temps que les droits accrus pour les citoyens à mesure que les femmes ont envahi la population active, que les gens ont eu de l'argent pour faire tourner l'économie. Heureusement, pour la plupart d'entre nous, la poignée de « folles » ont tenu bon. Nous avons le devoir de prendre la relève, car la justice sociale demeure un objectif lointain pour un grand nombre de femmes au Canada et dans le monde. Nous vous souhaitons un millénaire heureux et productif qui verra vos objectifs et ceux des autres femmes du monde se réaliser enfin.
 

(1) Alison Prentice, Paula Bourne, Gail Cuthbert Brandt, Beth Light, Wendy Mitchinson, Naomi Black, Canadian Women: A History (Toronto: Harcourt Brace Jovanovich, 1988)
(2) Moira Armour et Pat Stanton, Canadian Women in History: A Chronology (Toronto: Green Dragon Press, 1990)
(3) Condition féminine Canada,Comité canadien sur l'Histoire des femmes et le Secrétariat d'État du Canada, "Towards Equality of Women: A Canadian Chronology," Mois de l'histoire des femmes, octobre 1992.