Les femmes et la pauvreté - 3e édition
Rédigé par Marika Morris et mis à jour par Tahira Gonsalves. Traduction : Denise Veilleux
On ne peut parler des femmes sans parler de pauvreté pour de nombreuses raisons. Divers facteurs structurels font qu'elles sont plus susceptibles de tomber dans la pauvreté ou d'y rester. Durant la dernière décennie, le Canada a peu à peu adopté un modèle économique différent qui est axé sur une réduction radicale des services sociaux. Même si le gouvernement fédéral engrange des excédents budgétaires depuis sept ans, il n'a pas encore réinvesti dans ces services. On assiste donc à une aggravation du degré de pauvreté (c'est-à-dire l'écart entre le revenu moyen des pauvres et le montant nécessaire pour le ramener jusqu'au seuil de faible revenu).[1]Le Canada a signé des ententes internationales comme la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW). Il n'offre toutefois pas encore de garanties suffisantes pour protéger les droits des femmes au pays.
La pauvreté frappe les femmes de différentes façons selon leur âge, leur race, leur origine ethnique, leur groupe linguistique, leur capacité, leur orientation sexuelle, leur citoyenneté, etc. Les statistiques révèlent, dans une mesure importante, le degré de pauvreté des femmes au Canada. Les expériences vécues sont toutefois bien plus complexes que les chiffres à eux seuls ne le laissent entrevoir.
Qui est susceptible d'être pauvre?
Du simple fait d'être de sexe féminin, un nouveau-né est plus susceptible de grandir et de passer sa vie adulte dans la pauvreté. Au Canada, les femmes sont majoritaires parmi les pauvres. Aujourd'hui, il y a 2,4 millions[2] de femmes pauvres; c'est donc dire qu'une Canadienne sur sept[3] vit dans la pauvreté.
- Les femmes chefs de famille monoparentale : Parmi les familles monoparentales dirigées par une femme, 51,6 % sont pauvres.[4] Beaucoup ne reçoivent aucune pension alimentaire du parent qui n'a pas la garde des enfants (en général, le père) ou la reçoivent en retard.[5]
- Les femmes âgées : Près de la moitié (41,5 %) des femmes célibataires, veuves ou divorcées (dites « seules ») ayant plus de 65 ans sont pauvres.[6] Le taux de pauvreté pour l'ensemble des personnes âgées s'est amélioré. Il reste toutefois un large écart entre les sexes : le taux de pauvreté est de 19,3 % pour les femmes âgées, mais de 9,5 % pour les hommes âgés.[7]
- Les femmes seules : Parmi les femmes seules de moins de 65 ans, 35 % vivent dans la pauvreté.[8]
- Les femmes handicapées : Au Canada, plus de femmes que d'hommes ont des handicaps. Le taux d'incapacité parmi les Autochtones est le double du taux national.[9] Les femmes handicapées de 35 à 54 ans qui vivent chez elles et non dans un établissement ont le revenu le plus élevé, quand elles en ont un. Elles touchent en moyenne 17 000 $, soit 55 % du revenu des hommes handicapés du même groupe d'âge. Les femmes handicapées de moins de 35 ans gagnent 13 000 $ en moyenne et celles de plus de 55 ans en gagnent moins de 14 000 $. Plus une femme a un handicap grave, plus son revenu est faible.[10]
- Les femmes autochtones : Le revenu annuel moyen des femmes autochtones atteint 13 300 $ comparativement à 18 200 $ pour les hommes autochtones et à 19 350 $ pour l'ensemble des autres Canadiennes.[11] Une proportion de 44 % des Autochtones vivant à l'extérieur des réserves est pauvre. Les conditions sont cependant pires pour ceux vivant dans les réserves : près de la moitié (47 %) des Autochtones y touchent un revenu inférieur à 10 000 $.[12] Les femmes autochtones sont plus souvent confinées dans des emplois peu payants que les hommes autochtones.[13] À cause des effets persistants de la Loi sur les Indiens, elles se retrouvent dans l'insécurité en fait de logement et d'accès aux services. Elles font aussi face à la violence à l'intérieur comme à l'extérieur des réserves.[14]
- Les femmes de couleur : Parmi les femmes de couleur, 37 % ont un faible revenu alors que le taux est de 19 % pour toutes les femmes. Au Canada, le revenu annuel moyen des femmes de couleur est de 16 621 $, soit presque 3 000 $ de moins que les autres Canadiennes (19 495 $) et presque 7 000 $ de moins que les hommes de couleur (23 635 $).[15] Les femmes de couleur sont aussi surreprésentées dans les emplois précaires (temporaires et à temps partiel) et elles doivent souvent vivre dans des immeubles insalubres et ségrégés. Elles sont plus susceptibles d'être victimes de violence et d'avoir des problèmes de santé.[16]
- Les immigrantes : L'éducation ne réduit pas l'écart salarial entre les femmes immigrantes et les Canadiennes d'origine. Les femmes de 25 à 44 ans récemment arrivées au pays, qui sont titulaires d'un diplôme universitaire et travaillent toute l'année à temps plein, gagnent 14 000 $ de moins que les Canadiennes d'origine.[17] Cette situation est attribuable à un racisme flagrant, mais aussi à un racisme structurel qui empêche de reconnaître les diplômes et l'expérience des personnes immigrantes. Les femmes immigrantes récentes qui subissent de la violence ont parfois peu de moyens de s'en sortir si elles dépendent financièrement des hommes de leur famille qui les ont parrainées pour venir au Canada.
- Les lesbiennes : Il existe peu d'informations sur la situation économique des lesbiennes, sauf des renseignements épars. Une étude menée à Winnipeg a toutefois révélé que 14 % des hommes gais de plus de 65 ans avaient un revenu sous le seuil de la pauvreté; c'était le cas pour 42 % des lesbiennes du même groupe d'âge.[18]
- Les femmes migrantes : Les femmes migrantes, qui sont souvent réfugiées ou employées de maison étrangères, sont particulièrement susceptibles d'être pauvres et de subir l'exploitation. Elles sont souvent forcées d'accepter du travail non réglementé ou clandestin. Les femmes représentent la majorité des travailleurs migrants venus d'Asie et bon nombre d'entre elles travaillent ici pour subvenir aux besoins de leur famille restée au pays. Elles touchent des salaires minimes. Malgré leur contribution importante à l'économie canadienne, elles n'ont pas droit aux nombreux avantages comme l'assurance-emploi.[19]
- Les personnes à faible salaire : Au Canada, il ne suffit pas d'avoir un emploi pour se sortir de la pauvreté.[20] La plupart des pauvres travaillent à temps plein ou à temps partiel.[21] Des salaires inférieurs au seuil de la pauvreté posent un problème particulier pour les femmes. En effet, les femmes et les jeunes représentent 83 % des personnes qui gagnent le salaire minimum.[22] Parmi les mères monoparentales qui ont un emploi rémunéré, 37 % doivent élever leur famille avec moins de 10 $ l'heure.[23] Le salaire féminin représente environ 71 %[24] du salaire masculin pour un emploi à temps plein toute l'année. L'éducation ne réduit pas de beaucoup l'écart salarial : les femmes qui ont un diplôme universitaire et travaillent à temps plein toute l'année gagnent 74 % du salaire des hommes dans la même situation.[25] L'écart salarial entre les titulaires d'un diplôme universitaire s'est même creusé de 1995 à 2000.[26] En 1997, un homme qui avait un emploi à temps plein toute l'année et moins d'une 9e année gagnait en moyenne 30 731 $. Une femme qui avait le même type d'emploi, mais un certificat ou un diplôme d'études postsecondaires gagnait seulement 29 539 $.[27]Les femmes ont un salaire moindre que les hommes même lorsqu'elles travaillent dans les mêmes secteurs ou occupent les mêmes fonctions. Il n'y a aucun emploi où les femmes touchent un revenu moyen supérieur à celui des hommes, y compris dans des domaines à prédominance féminine comme le travail de bureau ou l'enseignement.[28] Parmi les 29 pays les plus industrialisés, le Canada enregistre le cinquième plus important écart salarial entre hommes et femmes travaillant à temps plein. On ne trouve un écart supérieur qu'en Espagne, au Portugal, au Japon et en Corée.[29]
- Les femmes prestataires de l'aide sociale et leurs enfants : En 2001, 60 % des femmes chefs d'une famille monoparentale ont dû compter sur l'aide sociale à un certain moment.[30] Parmi les prestataires, 52 % sont des familles avec enfants.[31] Le quart (24 %) des familles qui reçoivent de l'aide sociale sont dirigées par une personne souffrant d'une certaine forme de handicap.[32] Partout au Canada, les prestations sont nettement inférieures au seuil de pauvreté : elles varient de 20 % à 76 % de ce seuil.[33]
| L'analyse féministe intégrée : Pour mener son travail, l'ICREF s'efforce d'adopter l'analyse féministe intégrée (AFI). Dans nos recherches et nos études, nous essayons de tenir compte des réalités que vivent différents groupes de femmes définis selon les catégories suivantes : les femmes autochtones, les femmes de couleur, les femmes handicapées, les femmes immigrantes, les lesbiennes, les femmes bisexuelles et les femmes transgenre. Dans nos études, nous tentons aussi de comprendre comment les institutions sociales entrent en interaction avec ces catégories de femmes et avec divers facteurs comme l'ethnicité, la citoyenneté, l'âge et la classe pour produire les oppressions et les privilèges. Nous essayons de comprendre comment ces catégories elles-mêmes ont été créées et dans quelle mesure elles reflètent vraiment les réalités individuelles des femmes.
|
Qu'est-ce que la pauvreté?
Selon Statistique Canada, le seuil de faible revenu (SFR) représente le niveau où les gens consacrent une si forte proportion de leur revenu aux biens essentiels ? comme la nourriture et le logement ? qu'ils vivent dans des conditions très difficiles. Le SFR varie selon la taille de la famille et la taille de la communauté. Cette définition de la pauvreté soulève toutefois des débats. Selon certains, le Canada est l'un des pays les plus prospères au monde, mais il devrait mesurer la pauvreté selon les mêmes critères que les pays en développement où la majorité de la population lutte pour sa survie. Ils soutiennent que la définition du seuil de faible revenu de Statistique Canada gonfle le taux de pauvreté. Elle en sous-estime plutôt la gravité et l'ampleur. En effet, Statistique Canada exclut de ses calculs les prisons, les réserves autochtones, les maisons pour personnes âgées, le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut. Quiconque a passé du temps dans le quartier de Saint-Henri à Montréal ou le quartier nord de Winnipeg, le secteur est du centre-ville de Vancouver, le corridor de Jane-Finch à Toronto, les communautés rurales du Nouveau-Brunswick ou certaines communautés autochtones privées d'égout ou d'eau courante potable ne peut nier qu'il existe une pauvreté abjecte et chronique dans ce pays riche et prospère.
Pourquoi les revenus des femmes sont-ils moins élevés?
Des raisons structurelles simples expliquent les revenus plus faibles des femmes.
-
Selon Statistique Canada, l'écart salarial tient surtout à la présence d'enfants et non à l'âge, au mariage ou à l'éducation.[34] On s'attend encore à ce que les femmes accomplissent la majorité des tâches domestiques et s'occupent des enfants. Dans 52 % des familles où les deux conjoints avaient un emploi rémunéré à temps plein, la femme assumait toutes les tâches domestiques quotidiennes; dans 28 % des cas, elle en était la principale responsable; dans 10 %, ces tâches étaient partagées également et dans 10 %, l'homme en était le principal responsable.[35] Quand les enfants, les parents ou beaux-parents âgés ou les membres handicapés de la parenté ont besoin de soins, les femmes sont censées diminuer leur temps de travail rémunéré, quitter leur emploi, prendre un congé d'urgence ou refuser une promotion. On n'attend pas la même chose des hommes. Pour les femmes, cette situation se répercute à long terme sur leur salaire, leurs crédits de pension accumulés et leur expérience professionnelle.[36] Le manque de partage équilibré et équitable des responsabilités familiales entre hommes et femmes fait en sorte que la vaste majorité des travailleurs à temps partiel (70%) sont des femmes.[37] On assiste toutefois à un certain changement : peu à peu, les hommes s'occupent davantage des enfants, mais les femmes restent les principales responsables des soins.
-
Les femmes sont peu payées pour faire un travail « féminin ». Le travail dit « féminin » comprend les tâches qu'on attend gratuitement des femmes, par exemple : prendre soin des enfants et les éduquer, soigner les malades, préparer la nourriture, nettoyer, servir les autres, gérer un ménage. Toutes ces tâches ne sont pas considérées comme un travail précieux qui exige des compétences. Sur l'ensemble des femmes ayant un emploi, 70 % restent concentrées dans quelques secteurs à prédominance féminine comme la santé, l'enseignement, le travail de bureau, la vente et les services.[38]
-
La plupart des provinces ont réduit l'aide sociale. Elles l'ont fait parce que le gouvernement fédéral a retranché des milliards de dollars de ses paiements de transfert. Il a aussi aboli la plupart des normes qui garantissaient de l'aide aux personnes dans le besoin.
-
Les pensions sont inadéquates. En 2002, moins de la moitié de la population canadienne ayant un emploi rémunéré (39,6 %) bénéficie d'un régime de pension de l'employeur.[39] Une minorité seulement était des femmes.[40] Les prestations du Régime de pensions du Canada (RPC) ou du Régime des rentes du Québec (RRQ) sont calculées en fonction du revenu. Puisque les revenus féminins sont plus faibles, ils donnent droit à des prestations moindres, voire à aucunes. Les hommes de 65 à 69 ans reçoivent ainsi 533 $ par mois en moyenne, mais les femmes du même groupe d'âge en touchent seulement 299 $ (la pension féminine représente donc 56 % de la pension masculine).[41] En général, les femmes gagnent un salaire moins élevé que les hommes durant toute leur vie. Elles ont donc plus de difficulté à économiser pour cotiser à un régime enregistré d'épargne-retraite (REER). Le gouvernement fédéral parle de partager les crédits accumulés dans le RPC lors d'un divorce afin d'atténuer la pauvreté des femmes âgées. Cette mesure n'est toutefois pas obligatoire et très peu de femmes sont au courant de cette possibilité.
Que signifie être pauvre?
En Ontario, une mère seule avec un enfant reçoit 957 $ par mois d'aide sociale avant déductions. Elle paie 675 $ pour le loyer et 200 $ pour l'épicerie. Il lui reste 82 $ pour payer les factures (électricité, téléphone et chauffage), la lessive, le transport, les besoins scolaires de son enfant, les urgences, des aspirines, les coupes de cheveux, les vêtements, les serviettes sanitaires, le savon, les cadeaux d'anniversaire ou de Noël, les visites à grand-maman, la réparation ou le remplacement des appareils ménagers, les frais médicaux qui ne sont plus couverts par l'assurance-maladie et tout le reste.[42] Elle doit expliquer à son enfant pourquoi il ne peut pas aller à la sortie éducative avec ses camarades de classe; pourquoi ses camarades le taquinent parce qu'il porte des vêtements d'occasion usés; pourquoi il ne peut pas aller à la fête d'un ami parce qu'il n'y a pas d'argent pour acheter un petit cadeau; pourquoi il ne peut pas participer à la journée des hot dogs à l'école parce qu'il faut de l'argent; pourquoi le lait a un goût différent parce qu'elle a dû le diluer avec de l'eau; pourquoi, à la fin du mois, ils doivent se rendre à la banque alimentaire parce qu'il n'y a plus rien à manger. Elle doit côtoyer des personnes à revenu plus élevé qui, remplies de bonnes intentions, lui suggèrent de faire ses achats en grosse quantité alors qu'elle n'a pas de voiture, ni les moyens financiers pour le faire. Soudain, la manière dont elle dépense son argent et les personnes avec qui elle sort deviennent des affaires publiques; on la critique si elle s'accorde une gâterie pour atténuer sa dépression ou pour faire plaisir à son enfant. Être pauvre c'est avoir des possibilités limitées et non mal gérer son budget. Se débrouiller avec très peu d'argent c'est comme travailler sept jours sur sept, sans vacances ni répit. La pauvreté use le corps et l'âme.
Le logement est un problème majeur. Dans les zones rurales où certaines familles possèdent une maison, elles sont parfois incapables de bien l'entretenir. Elles vivent ainsi avec une fournaise en mauvais état, des tuyaux défectueux, des planches pourries, des fondations fissurées. Ces familles n'ont pas l'argent nécessaire pour réparer portes et fenêtres afin d'économiser de l'énergie ni pour refaire la peinture écaillée, ce qui affecte leur fierté.
Les citadins pauvres sont en grande majorité locataires. Ils doivent trouver les meilleurs logements possibles pour leur faible revenu. Cela signifie souvent des appartements délabrés, gérés par des propriétaires malhonnêtes ou méprisants, dans des quartiers au taux de criminalité élevé, dans des rues bruyantes ou près de zones dangereuses au point de vue environnemental. Les femmes de couleur et/ou handicapées doivent souvent faire face à des propriétaires qui ont des préjugés ou qui leur refusent un logement. Des logements surpeuplés favorisent des maladies comme la tuberculose, qui est d'ailleurs réapparue dans les quartiers pauvres au Canada. Ils n'offrent ni la tranquillité ni l'espace nécessaires pour permettre aux enfants de faire leurs devoirs. Les citadins pauvres ont tendance à déménager souvent pour trouver un meilleur logement à bas prix et un propriétaire compréhensif. Par conséquent, beaucoup de pauvres voient leur vie perturbée à cause des déménagements fréquents. Près de 30 % des enfants pauvres ont changé d'école trois fois avant l'âge de 11 ans par rapport à 10 % pour les enfants des milieux plus aisés.[43] Les femmes sont plus susceptibles de vivre des conflits ou de la violence en raison d'autres facteurs comme l'itinérance cachée, c'est-à-dire le fait de vivre temporairement avec des amis, de la famille ou un homme.[44]
Les attitudes envers les pauvres : La pauvreté mine l'esprit comme la malnutrition mine le corps. Elle atteint l'estime personnelle, si bien qu'il devient encore plus difficile de sortir de la pauvreté. En blâmant les individus pour leur pauvreté, on néglige de regarder la situation de l'économie et du chômage; on oublie le manque actuel de services d'aide qui permettraient de venir à bout du cycle de la pauvreté et de la violence. Souvent, les pauvres intériorisent le blâme. Ils en viennent parfois à des comportements d'autodestruction et à des mécanismes d'adaptation nuisibles comme le tabagisme ou l'abus d'alcool et de drogues.
Toutes ces questions touchent aussi bien les hommes que les femmes. Cependant, la plupart des femmes à faible revenu assument en plus la responsabilité des enfants. Elles souffrent de ne pas pouvoir leur offrir un foyer sécuritaire, tranquille et stable, des aliments nutritifs et au moins une fraction de tout ce que leurs camarades de classe tiennent pour acquis. Elles peuvent en venir à penser qu'elles sont de mauvaises mères alors qu'elles n'y sont pour rien. On accuse parfois les femmes à faible revenu d'être « égoïstes » parce qu'elles veulent avoir des enfants. Pourtant, on ne qualifie pas d'égoïstes les PDG d'entreprises canadiennes qui gagnent en moyenne 703 000 $[45] (sans compter les options d'achat d'actions et les avantages sociaux) quand ils paient un salaire insuffisant pour vivre à certains de leurs employés pour pouvoir, eux, s'acheter un second bateau. Tout est une question de point de vue et de réalité vécue.
La perte du droit à la vie privée : Les femmes pauvres qui reçoivent de l'aide sociale et s'épuisent à tenter de joindre les deux bouts, pour elles et leurs enfants, subissent souvent des intrusions dans leur vie privée. Pour obtenir des prestations, une femme doit signer des formulaires généraux qui autorisent la divulgation d'informations à son sujet. Quiconque a accès aux dossiers des services sociaux peut alors consulter toutes les informations au sujet de sa situation financière. Les femmes se sentent donc surveillées et épiées à chaque pas. Elles peuvent aussi se sentir à la merci du pouvoir discrétionnaire des agents de l'aide sociale.[46]
La garde des enfants et le droit de visite : Bien des mères de famille monoparentale sont prises pendant des années dans le système judiciaire pour démêler qui aura la responsabilité juridique et financière de leurs enfants. Cette épreuve épuisante sur les plans financier, physique et émotif peut même s'avérer dangereuse si l'ancien conjoint était violent. La mère et l'enfant courent alors des risques. Souvent, les professionnels du système judiciaire encouragent les femmes à accorder des droits de visite plus étendus à l'ex-conjoint, malgré le danger potentiel.
Quel est l'impact de la pauvreté sur la société et sur les femmes?
La pauvreté des enfants : Si les enfants sont pauvres c'est que leurs parents (surtout leur mère) sont pauvres. Plus d'un million d'enfants vivent dans la pauvreté au Canada.[47] La pauvreté est fortement associée à une mauvaise santé et à un mauvais rendement scolaire.[48] Or, le rendement scolaire est le facteur le plus important et le plus constant qui permet de prévoir la participation à des activités criminelles à l'âge adulte.[49] En maintenant les femmes dans la pauvreté, nous maintenons aussi les enfants dans la pauvreté, nous les rendons malades, nous sabotons leur avenir, nous contribuons à la criminalité et nous perpétuons le cycle de la pauvreté.
Des coûts élevés pour la santé et la sécurité du revenu : Il existe un lien clair entre un faible revenu et une mauvaise santé.[50] La pauvreté mène à recourir davantage aux services de santé, donc elle augmente les coûts du système de santé. À titre d'exemple, beaucoup de femmes âgées ont passé une bonne partie de leur vie à prendre soin gratuitement des enfants et des membres de la famille. Par conséquent, elles n'ont pas eu un revenu élevé et leurs pensions sont plus faibles. Elles sont donc plus pauvres et doivent dépenser davantage pour leurs soins de santé. Cette situation n'est pas viable pour le système.
Une hausse de la criminalité : Seule une minorité de pauvres bascule dans la criminalité pour pouvoir joindre les deux bouts. Selon une étude à long terme, les récidivistes proviennent plus souvent des familles les plus pauvres et les plus mal logées. De faibles revenus familiaux, qui ont été évalués lorsque les enfants avaient de 8 à 10 ans, permettaient de prévoir l'échec social général à l'âge de 32 ans.[51] Selon des études, la plupart des femmes qui commettent des infractions ont peu de scolarité, peu de compétences professionnelles et aucune ressource financière; elles vivent seules dans des conditions de pauvreté abjectes et sont incapables de subvenir à leurs besoins.[52]
L'érosion de la démocratie : Les femmes ne peuvent participer aux structures de décisions sur un pied d'égalité avec les hommes pour diverses raisons : elles sont les principales responsables de l'éducation des enfants, elles restent économiquement défavorisées à cause des soins prodigués et elles ont moins d'argent pour briguer les suffrages. Nous perdons donc les points de vue des femmes, qui seraient si importants pour déterminer l'orientation et les priorités du pays entier.
La santé : Parmi les effets courants de la pauvreté sur les femmes, mentionnons les maladies aiguës et chroniques, la vulnérabilité aux maladies infectieuses et autres, le risque accru de maladies du coeur, d'arthrite, d'ulcères d'estomac, de migraines, de dépression clinique, de stress, de maladies mentales et de comportements d'adaptation autodestructeurs.[53] Les femmes pauvres courent davantage le risque de subir de la violence et des mauvais traitements, car elles sont prises au piège de la pauvreté qui limite leurs choix.[54]
Que pouvons-nous faire?
Assurer un revenu adéquat : Fixer un salaire minimum qui correspond au coût réel de la vie. Garantir l'accès à la formation professionnelle sans imposer un prix exorbitant, des tracasseries administratives et des règlements mal inspirés. Le Canada est plus prospère que tous les pays européens en fait de produit national brut (PNB) par habitant. Pourtant, il affecte une proportion moindre de son PNB à la sécurité sociale et aux autres mesures de soutien au revenu (y compris l'assurance-emploi et l'aide sociale).[55]
Adopter d'autres mesures de l'économie : Dans la société, on mesure le progrès et la prospérité en fonction de la croissance économique.[56] D'autres aspects comme les ressources naturelles et sociales ou le travail non rémunéré et bénévole ne font pas partie de l'évaluation officielle du progrès. Nous mesurons ce qui a une valeur à nos yeux. Tant que le travail des femmes n'aura pas de valeur et tant que les attitudes à ce sujet ne changeront pas, ce travail sera exclu des éléments considérés comme faisant partie d'une société saine et compatissante. Nous devons favoriser l'utilisation d'autres formes de mesures comme l'indice de progrès réel, qui comprend 22 facteurs sociaux, économiques et environnementaux.[57]
Reconnaître le travail non rémunéré : Les milieux de travail doivent adopter des pratiques pour aider les femmes et les hommes à assumer leurs responsabilités familiales. Les gouvernements doivent établir des politiques, des lois et des programmes à cet égard.
Rétablir des normes fondamentales : En 1996, le gouvernement fédéral a remplacé le Régime d'assistance publique du Canada (RAPC) par le Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux (TCSPS). En 2004, il l'a divisé en deux volets, soit le Transfert canadien en matière de santé (TCS) et le Transfert canadien en matièrede programmes sociaux (TCPS). Le TCS faisait partie des recommandations de la Commission Romanow, mais il a été instauré par défaut avec l'argent inutilisé des transferts pour la santé. Il comprend les fonds versés aux provinces pour l'éducation postsecondaire et les programmes sociaux. Il y a toutefois eu peu de discussions publiques quant à la manière exacte dont elles vont dépenser ces transferts sociaux.[58] Durant 10 ans, le gouvernement fédéral a retiré des millions de dollars de la santé, de l'éducation et des services sociaux. Il a aussi aboli les normes du RAPC qui garantissaient un soutien aux personnes défavorisées. Le RAPC finançait les maisons d'hébergement pour femmes violentées, les foyers de groupes pour les personnes handicapées et divers services pour les personnes défavorisées, ainsi que le revenu d'aide sociale. Tout cela a été réduit de manière radicale. Le gouvernement fédéral a renié en grande partie sa responsabilité à l'égard du problème national de la pauvreté.[59] Le financement global qu'il verse maintenant aux provinces ne prévoit pas de fonds réservés à l'aide sociale ou à la réduction de la pauvreté.
Offrir des logements convenables à prix abordable : Fournir des subventions afin d'adapter le montant du loyer en fonction du revenu pour rendre abordables les logements existants et maintenir le loyer au niveau du marché ou moins. Créer d'autres logements à prix abordable par la réfection de vieux immeubles et la construction de nouveaux immeubles. Les listes d'attente pour un logement subventionné comptent 96 000 personnes dans les grands centres urbains du Canada.[60] Plus de 68 % des familles pauvres avec enfants vivent dans des logements inabordables.[61] Le secteur privé ne résoudra pas ce problème, car des logements convenables à prix abordable ne donnent pas de profits.
Fournir des services de garde d'enfants : Parce qu'elles n'ont pas des services de garde de qualité à prix abordable, beaucoup de femmes ne peuvent trouver un emploi bien rémunéré à temps plein. Uniquement dans le Grand Toronto, 16 000 familles sont inscrites sur une liste d'attente. Le tiers de ces parents (plus de 5 000) pourraient accepter un emploi dès demain s'ils avaient des services de garde.[62] La privatisation menace les services de garde. Si cela se produit, ils deviendront trop dispendieux pour la plupart des parents et ils ne seront pas nécessairement soumis aux normes et aux règlements. À cause de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), si les services de garde d'enfants cessent d'être sans but lucratif, de grandes chaînes commerciales qui veulent venir au Canada et se préoccupent plus des profits que de la qualité des services pourraient poursuivre le pays. C'est du moins ce qui s'est produit en Australie.[63] Le gouvernement fédéral doit respecter sa promesse de mettre en place un programme national de garde d'enfants. Il doit veiller à ce que les services soient sans but lucratif, financés et réglementés par l'État, accessibles, abordables et de grande qualité.[64]
Les services de garde d'enfants sont nécessaires pour les parents qui veulent offrir un revenu décent à leur famille. Ils le sont aussi parce que les enfants qui bénéficient de services réglementés de qualité sont plus susceptibles d'avoir de meilleurs résultats à l'école.[65]
Garantir des services sociaux : Assurer l'accès aux services sociaux, y compris les soins de santé physique et mentale, la garde des enfants et le traitement pour la toxicomanie.
Offrir des allègements fiscaux aux pauvres et non aux riches : Les contribuables doivent payer des impôts même avec des revenus bien inférieurs au seuil de pauvreté. Avec de 8 500 $ à 12 000 $ par année, comment fait-on pour payer la nourriture, un logement convenable, les factures, le transport, les vêtements, les réparations, les besoins personnels, les soins dentaires et d'autres frais médicaux non couverts par l'assurance-maladie, les divertissements occasionnels, les obligations financières comme les prêts pour les études ou le soutien d'autres membres de la famille et les impôts? Comment en outre épargner pour l'éducation, la retraite et l'achat d'appareils ménagers? Pourtant, des milliers de femmes à faible revenu se retrouvent dans cette situation difficile. Par contre, les personnes à revenu élevé profitent d'allègements fiscaux qui leur permettent un autre voyage de vacances outre-mer. Par ailleurs, le Canada a abaissé le taux général d'imposition des entreprises de 28 % en 2000 à 21 % en 2004.[66]
Favoriser la syndicalisation : Les femmes syndiquées gagnent 92 % du revenu des hommes syndiqués. Celles qui ne le sont pas reçoivent jusqu'à 80 % du revenu de leurs homologues masculins.[67] Les avantages de la syndicalisation et du respect des normes du travail sont évidents.
Assurer l'égalité entre les femmes et les hommes, ainsi qu'entre les femmes : Pour éliminer la pauvreté qui frappe les femmes, il est essentiel de réaliser l'égalité. Ceci permettra de tenir compte du point de vue des femmes, de leur travail, rémunéré ou non, de leurs valeurs et de leurs priorités. Il est toutefois impossible d'y arriver par une mesure unique ou par une des solutions mentionnées prise de manière isolée. La pauvreté des femmes est le résultat d'une inégalité systémique et structurelle. Il faut donc une action systémique pour s'attaquer à la racine de la pauvreté et des inégalités entre les sexes, y compris les inégalités entre les divers groupes de femmes.[68] La reconnaissance juridique des personnes de même sexe en tant que conjoints de fait les soumettra aux mêmes règles en ce qui concerne les pensions alimentaires pour enfants, l'adoption et les prestations de retraite. La reconnaissance juridique du mariage pour les personnes de même sexe partout au Canada leur assurerait une plus grande égalité. Elles obtiendraient divers droits dont celui d'être considérées comme plus proche parent, le droit à l'héritage et à la succession, etc. Les couples de lesbiennes bénéficieraient alors des mêmes droits fondamentaux que les couples hétérosexuels.
Ce que vous pouvez faire
-
Parlez à vos élus et demandez-leur quelles mesures concrètes ils choisiront parmi la liste ci-dessus pour réduire ou éliminer la pauvreté des femmes. Demandez-leur de fixer des cibles et des calendriers réalistes puis d'en faire une priorité. Faites le suivi pour voir s'ils ont tenu parole.
-
Appuyez les organisations qui soutiennent les pauvres et leur fournissent des services : les organisations de défense des droits; les refuges; les banques alimentaires; les groupes de femmes; et les organisations de développement international qui tiennent compte des rôles masculins et féminins dans leurs programmes de développement économique.[69] Appuyez les campagnes en faveur d'un salaire minimum décent.
-
Quand vous entendez quelqu'un dire « tous les assistés sociaux… », protestez contre le préjugé! On ne doit jamais stigmatiser tout un groupe à cause des actions de quelques individus. Quand les médias s'acharnent contre les pauvres, écrivez aux responsables.
-
Cherchez des vêtements et d'autres produits du commerce équitable. Assurez-vous que votre argent ne contribue pas à l'exploitation des femmes dans les industries du vêtement ou en agriculture. Pour en savoir plus, visitez le site Internet du réseau Ten Thousand Villages à l'adresse www.villages.ca.
-
Appuyez ou créez une coopérative de buanderie, un groupe d'achats en vrac, une coopérative de logement, un programme parascolaire gratuit, un fonds pour permettre aux filles de participer à des sports organisés et à d'autres activités, un magasin de vêtements et de biens équitables.
-
Informez-vous des salaires et des conditions de travail des femmes dans les entreprises locales. Appuyez celles qui les paient bien et les traitent bien.
-
Si vous avez un emploi non syndiqué, envisagez la possibilité de former un syndicat dans votre milieu de travail ou de promouvoir de meilleures normes de travail. Formez un groupe de pression avec vos collègues afin d'obtenir des conditions plus souples pour les personnes ayant des responsabilités familiales. Connaissez vos droits.
-
Si vous êtes un homme, assumez votre juste part des travaux ménagers et des soins aux enfants. Parlez à d'autres hommes de l'importance de ce travail. Traitez avec le même respect toutes les femmes et tous les hommes que vous connaissez. Passez de la parole aux actes en participant à des activités comme celles de la Campagne du ruban blanc. Pour en savoir plus, visitez le site Internet <http://www.whiteribbon.ca/francais/>
-
Persuadez tout groupe auquel vous appartenez ? milieu de travail, lieu de culte, syndicat, club de lecture, groupe d'entraide, équipe de bowling, etc. ? de s'attaquer au problème de la pauvreté en général et de la pauvreté chez les femmes et les enfants en particulier. Luttez contre la pauvreté dans votre communauté et dans le monde.
-
Si vous vivez dans la pauvreté, ne vous découragez pas. Vous êtes une personne incroyablement forte et compétente puisque vous survivez dans des conditions injustes et dégradantes. Vous n'êtes pas seules.
Si les femmes sont plus pauvres que les hommes, pourquoi la majorité des sans-abri dans les rues sont-ils des hommes? C'est seulement une minorité des sans-abri qui mendie dans les rues. Le phénomène de l'itinérance n'est pas toujours visible. à Toronto, en 1996, 26 000 personnes pauvres ont eu recours aux centres d'hébergement d'urgence. De ce nombre, la moitié faisait partie d'une famille et 5 000 étaient des enfants.[70] Les jeunes femmes sans-abri sont beaucoup plus susceptibles de devenir des travailleuses du sexe pour boucler leurs fins de mois. Vous ne les verrez peut-être pas dans la rue en plein jour, mais vous en verrez certaines la nuit. La plupart des sans-abri sont tout à fait invisibles. L'itinérance est un problème complexe qui résulte de divers facteurs : la pauvreté et le manque de logements abordables, une situation que viennent aggraver la maladie mentale et la toxicomanie. Les femmes itinérantes courent des dangers particuliers. Il ne suffit pas de donner un toit aux femmes, il faut qu'elles se sentent en sécurité dans leur foyer.[71]
L'assurance-emploi : En 1997, le gouvernement fédéral a réduit radicalement le programme d'assurance-chômage. Il l'a renommé « assurance-emploi », a resserré de beaucoup les critères d'admissibilité et diminué le montant des prestations. Résultat : le nombre de personnes qui ont eu droit à des prestations est tombé de presque 80 % vers la fin des années 1980 à environ 30 % vers la fin des années 1990.[72] Auparavant, il fallait travailler 12 à 20 semaines (de 15 heures) pour être admissible aux prestations d'assurance-chômage ou d'assurance-emploi (et de maternité). Après l'adoption des nouvelles règles, il fallait maintenant accumuler 700 heures (soit 20 semaines de 35 heures ou 46,6 semaines de 15 heures, selon le taux régional de chômage).[73] Les prestations n'étaient plus établies en fonction du nombre de semaines de travail, mais en fonction du nombre d'heures. À la suite de certaines pressions publiques, le gouvernement fédéral a été forcé, en 2001, de réduire à 600 le nombre d'heures requis. Au même moment, il a abrogé la Loi nationale sur la formation et il a aboli 39 programmes d'emplois dont ceux destinés aux femmes.[74] Le programme d'assurance-emploi offre maintenant un congé parental d'une durée de 50 semaines, mais il touche seulement un petit nombre de femmes. En fait, 10 000 femmes de moins qu'avant ont pu profiter du congé de maternité.[75] Même quand elles sont admissibles, le taux des prestations correspond à 55 % des revenus assurables. Or, leurs revenus ne sont pas toujours entièrement assurables ? c'est notamment le cas du travail à contrat. Les prestations de maternité et d'assurance-emploi peuvent parfois fournir un maximum de 413 $ par semaine. Dans bien des cas, ce montant ne suffit même pas à payer le loyer. Il y a aussi une période d'attente obligatoire de deux semaines avant de toucher quoi que ce soit. Pourtant, c'est le moment où une femme enceinte ou une nouvelle mère a le plus besoin d'un revenu. Par comparaison, la Norvège accorde un congé parental qui permet de choisir entre 42 semaines avec plein salaire et 52 semaines avec 80 % du salaire. [76]
La précarité d'emploi : Au Canada, 34 % de la main-d'oeuvre de plus de 15 ans a un travail atypique, à temps partiel, temporaire ou autonome, ou cumule plusieurs emplois.[77] Plus de femmes que d'hommes ont un emploi précaire. En 2003, plus de 28 % de la main-d'œuvre féminine (2 millions de femmes) consacrait moins de 30 heures par semaine à son emploi principal. Par comparaison, 11 % des hommes se retrouvaient dans cette situation.[78] Selon les statistiques de 2001, le pourcentage de femmes ayant un travail rémunéré était de 59,7 % par rapport à 72,5% pour les hommes.[79]
Les personnes qui ont un emploi précaire ne bénéficient pas toujours de la protection des codes du travail ou des conventions collectives. Au Canada, de plus en plus de gens sont forcés d'accepter du travail à contrat et/ou à temps partiel. Selon une récente étude, le salaire du personnel nouvellement embauché a fortement chuté par rapport à celui du reste du personnel. Dans le secteur privé, le pourcentage de personnes récemment embauchées à un poste temporaire a grimpé de 11 % à 21 % de 1989 à 2004. (voir : <http://www.statcan.ca/Daily/Francais/050126/q050126a.htm>
Les prestations pour enfants : En 1989, la Chambre des communes a adopté à l'unanimité une résolution visant à mettre fin à la pauvreté des enfants d'ici l'an 2000. Fait ironique, le taux de pauvreté infantile a grimpé de 15 % à 18 % durant la décennie qui a suivi.[80] Parmi les pays industrialisés, le Canada conserve l'un des plus haut taux de pauvreté infantile.[81] Même si ce taux a diminué un peu en 2000-2001, il atteignait 15,7 %.[82] Pour s'attaquer à ce problème, il faut adopter une approche globale qui comprend diverses mesures dont le renforcement de différentes politiques sociales relatives aux prestations d'assurance-emploi, de maternité et d'aide sociale ainsi qu'au logement.
Le gouvernement fédéral a pris l'engagement d'augmenter la Prestation fiscale canadienne pour enfants jusqu'à un maximum de 3 243 $ pour un enfant d'ici 2007.[83] Les organismes nationaux ont toutefois réclamé un montant annuel de 4 900 $.[84] La Prestation est un montant de base versé chaque mois aux familles avec des enfants de moins de 18 ans. Le Supplément de la prestation nationale pour enfants est un montant supplémentaire accordé aux familles à faible revenu avec enfants.[85]
La majorité des provinces ont récupéré chaque dollar d'augmentation du Supplément que recevaient les familles touchant de l'aide sociale; elles ont déduit de leurs prestations d'aide sociale le montant total du Supplément. Beaucoup de provinces considèrent en effet le Supplément comme un revenu.[86] Cette politique repose sur le stéréotype suivant : les pauvres ne veulent pas travailler, il faut donc « inciter » les gens, surtout les femmes, à trouver un emploi en les forçant à voir leurs enfants souffrir de la faim. Le gouvernement appelle cet argent qu'il enlève aux familles des « économies » qu'il est supposé réinvestir dans les programmes pour aider les familles à faible revenu avec enfants. Le soutien accordé aux enfants vivant de l'aide sociale a, en fait, diminué malgré la Prestation nationale pour enfants. Selon les estimations, la récupération a fait en sorte que seulement 66 % des familles pauvres avec enfants ont pu profiter de la Prestation en 1998 et en 1999. Environ la moitié (57 %) des familles monoparentales pauvres ont pu conserver le Supplément.[87]
La mondialisation et la pauvreté des femmes : Par mondialisation, on entend un ensemble de processus qui facilitent en partie une meilleure circulation des matériaux, des produits, des services, des symboles et des pratiques culturelles, tout comme la communication entre les groupes, les communautés et les nations. Même si les processus en question servent à rapprocher les gens, leur rapidité et leur intensité créent également des problèmes. À titre d'exemple, on insiste sur le commerce comme moyen d'améliorer la vie des populations partout dans le monde.[88] Parallèlement à la promotion du commerce, on dégrade le filet de sécurité sociale qu'offrent les gouvernements. Ainsi, la richesse continue de se concentrer entre les mains des gens déjà puissants et privilégiés. Pendant ce temps, les groupes traditionnellement désavantagés, comme les femmes (surtout celles qui sont marginalisées), sombrent encore plus dans la pauvreté ou courent encore plus le risque de devenir pauvres.
Les marchés économiques mondiaux sont intégrés à l'aide d'accords de libre-échange. Les gouvernements sont alors forcés de réduire le taux d'imposition des entreprises pour rendre leur pays et leurs villes plus « compétitifs » (plus invitants pour les investissements étrangers) tout en enlevant aux programmes sociaux les fonds nécessaires. Quand ils ont dépensé cet argent pour les entreprises, les gouvernements ne peuvent plus se permettre de payer des services essentiels comme les soins de santé et les services de garde d'enfants. Ils invitent alors les compagnies privées à les offrir; elles le font, mais, en général, à des prix trop élevés pour les familles à revenu faible ou moyen. Voilà les effets qu'ont les ententes internationales de commerce comme l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et l'Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis (ALÉ). Qualifiés de simples instruments pour favoriser le passage des biens aux frontières, ces accords bouleversent, en réalité, bien des aspects de nos vies, par exemple les politiques en matière d'éducation, de santé et d'emploi. Même si les gouvernements sont censés agir de manière transparente, ils décident en secret les détails des accords de libre-échange.[89]
Parfois, des ONG et des organismes confessionnels tentent de combler le vide laissé par le gouvernement qui a supprimé ou réduit des services. La plupart du temps, le gouvernement réduit les fonds qu'il accorde à ces groupes et il ouvre la porte aux multinationales. Ces dernières ne sont toutefois pas soumises aux normes qui régissent le coût des services, les salaires et les conditions de travail. Les pressions en faveur d'une « réduction de la taille du gouvernement » mènent aussi à une perte du pouvoir de réglementer les entreprises et d'exiger des impôts. Sans des mesures de reddition des comptes, les plus pauvres sont souvent les plus exploités : ils n'ont plus le moyen de se payer des services essentiels ou ils sont forcés de travailler pour les multinationales au salaire minimum (ou moins) avec des avantages sociaux insuffisants, voire inexistants.
Encore une fois, les femmes (surtout celles qui sont marginalisées) sont beaucoup plus touchées que les hommes par les actions des gouvernements. Ceci tient notamment au fait qu'elles sont forcées d'assumer en grande partie les soins aux enfants et qu'elles ont des emplois plus précaires. Comme les femmes risquent davantage de tomber dans la pauvreté, elles doivent plus souvent compter sur le filet de sécurité sociale que les hommes. À mesure que les gouvernements rapetissent sous la pression de la mondialisation, l'accès des femmes aux services sociaux, à l'emploi et aux avantages diminue également.
L'équité salariale: Inscrite dans des conventions et des traités internationaux divers, l'équité salariale fait partie des droits fondamentaux. Elle repose sur le principe voulant qu'il n'y ait aucune discrimination fondée sur le sexe dans les salaires versés. Elle s'inspire de la Loi canadienne sur les droits de la personne et des dispositions relatives à l'égalité contenues dans la Charte canadienne des droits et libertés. Pourtant, les femmes gagnent encore en moyenne seulement 71 % du revenu des hommes.[90] Dans certaines provinces comme Terre-Neuve-et-Labrador, le revenu féminin correspond à peine à 62,4 % du revenu masculin.[91]
La lutte pour l'équité salariale comporte trois aspects importants, mais différents. Le premier est l'idée d'un salaire égal pour un travail égal. Cela signifie comparer les emplois masculins et féminins, lorsque ces emplois sont semblables ou relativement semblables, pour vérifier s'il existe des différences de salaires. Le deuxième est l'idée d'un salaire égal pour un travail d'égale valeur. Cela consiste à comparer différents emplois considérés « masculins » ou «féminins » afin de réduire l'écart salarial. Le troisième concerne la législation relative à l'équité salariale, c'est-à-dire les lois et les programmes destinés à réaliser l'équité salariale de manière proactive parce qu'il ne devrait pas être nécessaire de déposer une plainte pour atteindre cet objectif.[92]
Même si les lois et le système judiciaire du Canada protègent l'équité salariale, les femmes restent concentrées dans des emplois féminins traditionnels qui sont généralement moins bien payés et plus précaires. Récemment, la lutte pour l'équité salariale a subi un grave revers. La Cour suprême avait statué que le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador était coupable de discrimination envers les membres de la Newfoundland Association of Public Employees (dans le système de santé) parce qu'il avait retenu, en 1991, des paiements rétroactifs d'équité salariale. Elle a toutefois aussi déclaré que cette action était justifiée en raison de la situation financière de la province.[93] Le message était donc clair : l'égalité des femmes n'est pas aussi importante que l'économie.
En 2001, le gouvernement fédéral a constitué le Groupe de travail sur l'équité salariale. Il a par la suite adopté certaines des recommandations de ce dernier. Pour qu'il les applique toutes, l'ICREF mène une campagne avec de nombreux groupes de femmes, des coalitions provinciales pour l'équité salariale et le Congrès du travail du Canada. Pour en savoir plus sur le Réseau de l'équité salariale, consultez le site Internet <http://www.anfd.ca/act-pay.htm>. L'équité en matière d'emploi est aussi importante. Par exemple, les femmes autochtones travaillant dans des milieux soumis aux lois fédérales d'équité en matière d'emploi gagnaient 33 310 $, soit 87 % du salaire de leurs collègues de sexe féminin.[94] La plupart des autres femmes autochtones touchaient des revenus annuels moyens sous le seuil de pauvreté et l'écart était encore plus large par rapport au salaire des autres Canadiennes.
[1] Womennet.ca, Centre canadien d'information des femmes, « L'augmentation du nombre de femmes sur le marché du travail n'a pas été suivie par une amélioration significative de leurs conditions de vie : IL FAUT AGIR ! », avril 2005. Internet : < http://www.womennet.ca/news.php?show&2949>
[2] Idem.
[3] Alliance canadienne féministe pour l'action internationale (AFAI), « Une décennie de reculs : Le Canada de l'après-Beijing », Ottawa, 2004, p. 4.
[4] Statistique Canada, Tableau 202-0802 – catalogue no 75-202-XIE. « Personnes ayant un faible revenu avant impôt (prévalence) », Internet : <http://www.statcan.ca/francais/Pgdb/famil41a_f.htm>
[5] Statistique Canada, « Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes : milieu familial, revenu et comportement des enfants », Le Quotidien, 2 juin 1998.
[6] Statistique Canada, Tableau 202-0802 – catalogue no 75-202-XIE. « Personnes ayant un faible revenu avant impôt (prévalence) », Internet : <http://www.statcan.ca/francais/Pgdb/famil41a_f.htm>
[7] Idem.
[8] Idem.
[9] Deborah Stienstra et al, « Les femmes handicapées et la libéralisation du commerce ». Condition féminine Canada, Ottawa 2004, p. 1.
[10] Statistique Canada, « Femmes au Canada: Rapport statistique ». Troisième édition. Ottawa: Ministre de l'Industrie, 1995, p. 166.
[11] Statistique Canada, 2000, p. 258.
[12] Organisation nationale anti-pauvreté, « La pauvreté au Canada : Des chiffres et des faits », fiche documentaire, avril 1999. Toutes les données proviennent de Statistique Canada.
[13] Carole Lévesque et al, « Les femmes autochtones et l'emploi : défis et enjeux des programmes d'employabilité au Québec », Condition féminine Canada, Ottawa, 2001, p. 17.
[14] AFAI, « Une décennie de reculs : Le Canada de l'après-Beijing », Ottawa, 2004, pp. 43-49.
[15] Données de 1995 de Statistique Canada 2000, p. 232, 246.
[16] CSJ Foundation for Research and Education, Canada's Creeping Economic Apartheid: The Economic Segregation and Social Marginalisation of Racialised Groups, 2001. Internet : <http://www.socialjustice.org/pdfs/economicapartheid.pdf>
[17] Données de 1995 de Statistique Canada 2000, p. 203.
[18] Virginia McKee, « Seniors survey identifies double discrimination for senior lesbians », Herizons, Spring 1999, p. 9. Cet article donne les résultats d'un sondage de la Fondation Sum Quod Sum qui fournit des services pour les lesbiennes et gais âgés du Manitoba.
[19] Women and the Economy. Un projet de UNPAC, Globalization and Migration (2003) Internet : <http://unpac.ca/economy/g_migration.html>
[20] Centre pour la justice sociale, "The Growing Gap: A look at increasing inequality between the rich and the poor". Produit pour la Fédération du travail de l'Ontario, Octobre 1998, p. A17.
[21] Conseil national du bien-être social, « Profil de la pauvreté 1980-1990 », Ottawa, 1992, p. 56.
[22] Données de 1998 de Statistiques Canada, Le Quotidien, 12 août 1998.
[23] Campagne 2000, « La pauvreté de l'enfance au Canada », Toronto, 1999.
[24] Rapport du Groupe de travail sur l'équité salariale, « L'équité salariale : une nouvelle approche à un droit fondamental », Ottawa, 2004, p. 13.
[25] Statistique Canada 2000, p. 143.
[26] Rapport du Groupe de travail sur l'équité salariale, « L'équité salariale : une nouvelle approche à un droit fondamental », Ottawa 2004, p. 13.
[27] Statistique Canada 2000, p. 156
[28] Ibid.
[29] Organisation de coopération et de développement économiques, « L'OCDE en chiffres », OCDE Paris, 2004.
[30] Conseil national du bien-être social, « Profil de la pauvreté 2001 », Ottawa 2004, p. 86.
[31] Freiler, Christa, Laurel Rothman et Pedro Barata, « Les voies du progrès : solutions structurelles pour s'attaquer à la pauvreté infantile », Ottawa: Campagne 2000, 2004, p. 32.
[32] Conseil national du bien-être social, « Le plan d'assistance du Canada : Pas le temps de couper », Ottawa, 1991, pp.6-8.
[33] Conseil national du bien-être social, « Revenus du bien-être social », Ottawa, 1993, pp.26-27.
[34] Statistique Canada, « Au fil des heures ... : l'emploi du temps des canadiens », Ottawa, 1995, p.22.
[35] Katherine Marshall, « Conciliation travail-vie dans les milieux de travail canadiens ». L'emploi et le revenu en perspective, automne 1993, p. 26.
[36] Marika Morris, Jane Robinson et Janet Simpson, « L'évolution des soins à domicile et la fragilité financière des femmes », Condition féminine Canada, Ottawa, 1999.
[37] Données de 1999 de Statistique Canada, 2000, p. 123.
[38] Statistique Canada, « Femmes au Canada : une mise à jour du chapitre sur le travail », Ottawa 2003, p. 8.
[39] Tableau de Statistique Canada, produit no 74-507-XCB au catalogue. « Pourcentage de la population active et des travailleurs rémunérés adhérant à un régime de pension agréé (RPA), » 2004. Internet : <www.statcan.ca/francais/Pgdb/labor26a_f.htm>
[40] Calculé à partir du tableau de Statistique Canada : nombre de femmes adhérentes au RPA comparativement à l'ensemble des adhérents au RPA.
[41] Conseil national du bien-être social, Guide des pensions, Ottawa 1999 p. 28.
[42] Extrait d'une entrevue avec une mère célibataire de Hamilton. Center for Social Justice, The Growing Gap: A look at increasing inequality between the rich and the poor.Produit par la Fédération du travail de l'Ontario, octobre 1998, p. A7.
[43] Campagne 2000, « La pauvreté de l'enfance au Canada », Toronto, 1999.
[44] St. John's Status of Women Council, "Something's Got to Change" Research Report: Gender-Inclusive Analysis and Housing Policy Development in Newfoundland and Labrador (2003) Internet : <www.sjswc.ca/giareport.html>
[45] Centre pour la justice sociale, "The Growing Gap: A look at increasing inequality between the rich and the poor". Produit pour la Fédération du travail de l'Ontario, octobre 1998, p. A12.
[46] Témoignages de participantes aux consultations locales de l'ICREF, Huntsville, Ontario. octobre 2004.
[47] Campagne 2000, « Un million de trop : mettre en oeuvre des solutions pour s'attaquer à la pauvreté des enfants au Canada ». Rapport sur la pauvreté des enfants au Canada, Ottawa, 2004, p. 1.
[48] Institut canadien de la santé infantile, « La Santé des enfants du Canada : un profil de l'ICSI ». 3e édition, 2004, p. 98.
[49] Stratégie nationale pour la prévention du crime, « Profils des délinquants », Ottawa, 1995.
[50] Forum national sur la santé, « La santé du Canada, un héritage à faire fructifier », Ottawa, Travaux publics, 1997.
[51] David Farrington et D.J. West, "The Cambridge study in delinquent development: A long-term follow-up study of 411 London males." Dans H. J. Kerner and G. Kaiser (eds.), Criminality: Personality, Behavior and Life History. (Berlin: Springer-Verlag, 1990), pp. 115-138. Cité dans le Conseil national de la prévention du crime, Un bon placement : Prévention de la criminalité et de la victimisation, Ottawa 1996.
[52] Chunn, Dorothy et Shelley Gavigan, "Women, Crime and Criminal Justice in Canada," dans Margaret Jackson et Curt Griffiths (eds.), Canadian Criminology (Toronto: Harcourt Brace & Company, 1995).
[53] Voir Forum national sur la santé, « La santé au Canada : un héritage à faire fructifier », Ottawa 1997; Robert Chernomas, The Social and Economic Causes of Disease, Ottawa: Canadian Centre for Policy Alternatives, 1999; Agnieszka Kosny, "The Social Determinants of Health - Equity Across the Lifespan" Synthesis paper prepared for the Made to Measure symposium. Halifax: Maritime Centre of Excellence for Women's Health, 1999.
[54] Gurr, Jane, Louise Mailloux, Dianne Kinnon, Suzanne Doerge, « Défaire les liens entre la pauvreté et la violent faite aux femmes : un guide de ressources », Ottawa, Division de la prévention de la violence familiale, Santé Canada, mars 1996. Internet : <www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/html/femlnspvrt_f.html>
[55] Organisation nationale anti-pauvreté (ONAP) « Faits : mythes sur la pauvreté », Ottawa, 1997. Internet : <www.napo-onap.ca/nf-myth.htm>. Données tirées de Luxembourg Income Study
[56] Women and the Economy. Un projet de UNPAC, Alternative Economic Measures, 2003. Internet : <http://unpac.ca/economy/altmeasures.html>
[57] Genuine Progress Index for Atlantic Canada, About Us (2004) Internet : <www.gpiatlantic.org>
[58] Conseil canadien de développement social, « Quel avenir pour le Canada? Il est temps de débattre du Transfert social canadien », Ottawa, 2004, p. 2.
[59] Scott, Katherine, « Les femmes et le TCSPS : profil des femmes à l'assistance sociale en 1994 », Condition féminine Canada, Ottawa, 1998.
[60] Campagne 2000, « La pauvreté de l'enfance au Canada », Toronto, 1999.
[61] Campagne 2000, « Un million de trop : mettre en oeuvre des solutions pour s'attaquer à la pauvreté des enfants au Canada ». Rapport sur la pauvreté des enfants au Canada, Ottawa 2004, p. 2.
[62] Centre pour la justice sociale, "The Growing Gap: A look at increasing inequality between the rich and the poor". Produit pour la Fédération du travail de l'Ontario, octobre 1998, p. B7.
[63] L'Association canadienne pour la promotion des services de garde à l'enfance, Lettre ouverte (en anglais seulement) : Our position on auspice in an early learning and care system (2005) Internet : <www.childcareadvocacy.ca/resources/pdf/ccaac_openletter_auspice.pdf>
[64] Ibid.
[65] Campagne 2000, « La pauvreté de l'enfance au Canada », Toronto, 1999.
[66] Département des finances du Canada, « Réductions de l'impôt fédéral des sociétés ». 2003. Internet : <http://www.fin.gc.ca/tocf/2003/taxratered_f.html>
[67] Travailleurs canadiens de l'auto, Mise à jour 2004 : la syndicalisation au Canada. Internet: <http://www.childcareadvocacy.ca/resources/pdf/union_update2004f.pdf>
[68] L'Association du Barreau canadien- Colombie Britannique, Family Law (2003) Internet : <http://www.bccba.org/Guest_Lounge/dialcontent.asp?id=163>
[69] Ces organisations incluent MATCH International mais ne se limitent pas seulement à celui-ci (elles fournissent des fonds pour le développement économique des femmes et le droit à la liberté au plan international), Inter Pares, OXFAM.
[70] Faith Partners, "Homelessness." Feuillet d'information dans la série Poverty Hurts! Ottawa, 1999.
[71] Organisation nationale anti-pauvreté, Women, Poverty and Homelessness in Canada, Ottawa, 2004. p.1.
[72] Marche mondiale des femmes 2000: Fiche Thématique 7 « Les femmes et l'assurance-chômage ». Internet : <http://www.nac-cca.ca/march/infosht7_f.htm>
[73] AFAI, « Une décennie de reculs : Le Canada de l'après-Beijing », Ottawa, 2004, p. 16.
[74] Women's Global March 2000: Issue Sheet 7, Women and Unemployment Insurance. 2000. Internet : <http://www.nac-cca.ca/march/infosht7_e.htm>
[75] Congrès du travail du Canada, « Analyse sur la couverture des femmes par l'a.-c.», mars 2000. Internet : <http://action.web.ca/home/clcpolcy/fr_issues.shtml?x=10320>
[76] Centre for Families, Work and Well-Being, Response to Extension of Parental Leaves (Guelph, Ontario: University of Guelph, 1999)
[77] Cynthia J. Cranford, Leah F. Vosko et Nancy Zukewich, "Precarious Employment in the Canadian Labour Market: A Statistical Portrait," Just Labour vol. 3, automne 2003, p. 8.
[78] Statistique Canada, Femmes au Canada : une mise à jour du chapitre sur le travail, Ottawa, 2003, p. 8. Internet : <http://www.statcan.ca:8096/bsolc/francais/bsolc?catno=89F0133X>
[79] Tremblay , Diane-Gabrielle, « La sécurité d'emploi comme facteur déterminant de la santé », professeure et directrice de recherche, Télé-université et Chaire de recherche du Canada sur les défis sociaux et organisationnels associés à l'économie du savoir. Préparé dans le cadre de la conférence sur les déterminants sociaux de la santé pendant toute la durée de vie, qui a eu lieu à Toronto en novembre 2002.
[80] Conseil canadien du développement social, « Aide-mémoire du CCDS quant aux engagements clés dans le discours du Trône », 2002. Internet : http://www.ccsd.ca/francais/ip/2002/trone-am.htm
[81] Campagne 2000, « Honorer nos promesses : relever le défi d'éliminer la pauvreté des enfants et des familles ». La pauvreté des enfants au Canada - rapport 2003 Internet : <http://www.campaign2000.ca/rc/rc03/NOV03ReportCardFR.pdf>
[82] Campagne 2000, « Les voies du progrès : solutions structurelles pour s'attaquer à la pauvreté infantile », Toronto: Campagne 2000, 2004, p. 7.
[83] Ibid, p. 30.
[84] Ibid, p. 50.
[85] Gouvernement canadien, Un Canada digne des enfants - Suite donnée par le Canada à la Session extraordinaire de <http://www11.sdc.gc.ca/fr/sm/ps/polsoc/publications/2002-002483/page01.shtml>
[86] AFAI, « Une décennie de reculs : Le Canada de l'après-Beijing », Ottawa, 2004, p. 15.
[87] Idem.
[88] Marjorie Griffin Cohen et al, "Globalization: Some Implications and Strategies for Women," (Le Comité canadien d'action sur le statut de la femme)
Internet : <http://www3.sympatico.ca/truegrowth/womenstrat1.html>
[89] Idem.
[90] Le Groupe de travail sur l'équité salariale, L'équité salariale : une nouvelle approche à un droit fondamental, Ottawa, 2004, p. 13.
[91] St. John's Status of Women Council, "Something's Got to Change" Research Report: Gender-Inclusive Analysis and Housing Policy Development in Newfoundland and Labrador (2003) Internet : <http://www.sjswc.ca/giareport.html>
[92] MesDroits.ca, L'Égalité de la rémunération. Internet : <http://www.mesdroits.ca/Droits+de+la+personne/Egalite+de+la+remuneration.htm>
[93] Syndicat national des employées et employés généraux et du secteur public, "NAPE appalled by Supreme Court pay equity decision," 2004.
Internet : <http://www.nupge.ca/news_2004/n28oc04c.htm>
[94] Centre pour la justice sociale, "The Growing Gap: A look at increasing inequality between the rich and the poor". Produit pour la Fédération du travail de l'Ontario, octobre 1998, p. A24.